Gepubliceerd op: zondag 24 juni 2012

Vertaallab 23 Christophe Marchand-Kiss – Hiver (extraits)

Vertaallab is een serie op Ooteoote die dichters uit andere taalgebieden aan de lezer voorstelt. Elke aflevering minstens één gedicht. Dat u mag vertalen, als u wilt. Graag zelfs, wat ons betreft. Post uw Nederlandse vertaling van onderstaand gedicht als reactie op dit bericht.

 

HIVER (EXTRAITS)

de l’après-midi

la machine tourne à mou-régime
dans la limite permise des couloirs
On se souvient d’un léger excès
et d’une bataille de polochons.
entrées et sorties : On tourne en rond
avant de compter la caisse — week-end ? :
“pas le temps de trier les dossiers
On les emportera ce soir“ (chez On).
les clefs tournent dans les serrures
et les nerfs en pelotes : tea time.

ciel d’azur signifie froid et glace
dans le rétroviseur un autre On
dévisage un train d’automobiles
On ne songe pas à soi
mais à la main qui pousse le bouton
de la radio.

vous allez me faire ça est choquant
y compris si subsiste du plaisir
ou le plaisir est plus choquant
que l’injonction. décider ? non.

dans les manuels de la révolution
la guérilla urbaine
vise à détruire
par des actions
isolées les rouages
du pouvoir de l’État
et à détruire le mythe
de l’omniprésence
de l’invulnérabilité
du système.
pourtant les têtes sont basses
et les plafonds hauts : dès lors
la violence est un ensemble vide.
vous avez fini ? est sans risque.
sans se tromper On tend le dossier :
c’est pour la guerre (plein sans bords).

On rêve de machettes qui écraseraient les cervelles
et de poupées bien fraîches à consommer vite fait.

le codicille du saut en longueur :
l’exhumation du pied vainqueur
enfoui dans le sable mouillé.
aussi le bureau claudique
dans sa logique de tiroirs
et de disques durs à virus.
les ordinateurs ne crépitent pas
dans le silence. On n’achève
rien même pas sa phrase.

s’autopersuader : le bon réflexe.

les fenêtres-vent digèrent
l’air conditionné.
le sauvetage en pull
marin d’un crayon.
ou le ciré de l’échec
dans la poussière
du linoléum : voilà ?
l’extincteur point rouge
énorme
et une page est pliée
dépliée condensée
en une multitude
de lignes grisées brouillées
On reprend un café voici :
être sur le pont est promesse
de valeur.
la somme des coupés-
collés tient tête au jugement
ou regarder ses pompes
quand passe la secrétaire.
— tête baissée comme la morale
que l’On observe du coin de l’œil
dans le demi-opaque de la baie vitrée.

On envoie promener les contrats
avec des clauses de fer. est-ce
sérieux ? On envisage
la suppression d’une main
au téléphone et d’un stylo
parcoureur de listings.
qui a le monopole du cœur ?
une ancienne attachée de presse
tombe lentement dans l’oubli.
ce n’est pas sérieux : ou nul
si ensembles vides sans bords.
que faire de la révolution !
sable pollen et sueurs froides.
les questions sont au placard.

décrire le temps qui n’a pas lieu
ou décrire un trou dans une tête
revient à peindre des hirondelles
sur un fil en hiver :
action ! l’idée d’avancée
suppose vraiment qu’un pas
précède
le suivant : mettre un tigre
dans son moteur sans
prévenir les accidents.
action ! le matin suppose des nuits
et un couvercle ou une chape de plomb.

On aimerait compter les jours bruyants
et reverdir le plafond-pelouse d’un bureau.

 

* *
*

 

transformer l’injustice générale
en idée abstraite : no man’s land
des responsabilités concrètes.
qui est victime ? surtout pas On.
le gratte-papier – le gratteur –
fait la courte échelle à qui
la possède : reverdir un instant
le plafond noircir toujours
le talon de fer de On-bottes
credo amplifié : qui vive ?
personne.

On est sociable. l’illusion
d’un monde intelligible :
moindre froid. On prend part de fait
à l’injustice. un propos affable
ou sans conséquence : silence
perpétué.
concessions qui ne rabaissent
personne.
On s’autojustifie d’être né
et parlant d’être On donc bête.
au niveau.

On est au niveau de la table
la tête perdue dans un livre
de comptes les yeux fermés.

le brouillard s’enfonce doucement
dans la tête. On revient de la cantine
repu. poids et mesures : toujours trop.
On auditionne les brouhahas.
la souris devient silencieuse
— mesures de rétorsion

et l’inscription en noir fluo
d’un désactivé sans appel.

On revient de la cantine : peu d’air
et pas de chansons : chiffres
à répétition : saucisse
d’arras petits poissons
de méditerranée. eh quoi ?
le rêve d’une mirlitonnade
dans la gamme des sourdes
clystères à hanches et à pistons.

dans le journal d’entreprise
d’étranges nouvelles des antilles.
des collègues déguisés accostent
l’océan d’un pied-sandale.
timide.
des nuages gris s’amoncellent —
retouchés.
donc bleus. et bleu ciel.
la part de rêve revenant
à ceux qui caressent les souris
bien supérieure à celle de ceux
qui les guident. injustice !
les privilèges sont là intacts
le surcroît de travail maigre
compensation — dérégulation
optimiste juchée sur le désir.
le journal bien vite dans les bras
d’un autre : partage du temps.
On tousse. c’est fugace.
normal.

je ne sais pas ce qui m’a pris
est dans l’air du temps. tempo.
pas de violence. un ratage.
On hyperbolise tout.
rater n’est pas flouer le désir
mais le désir soumis ne jouit
que de sa soumission.

les illusions sont de demi-
entraîneuses : elles vont vite
mais jamais loin.
hors du siège point de salut
piscine à illusions
où l’On baigne propre et sec :
bain neuronal climatisé.

les illusions : de beaux lendemains
On caresse. longtemps On caresse
On quitte son siège le dernier.
définitivement. mais le dernier.
On pensait boucler la boucle
On ne la boucle pas.
ou On la boucle – encore –
et définitivement.

sombrer en eaux troubles
n’a rien de particulier.
en faire trop masque souvent l’essentiel :
l’irrésistible désir de dire merde.

qui est qui ? pas souvent On.
le On est un ils bien commode
je s’exclut en s’incluant.
le nous est un il de majesté.
en dérives. qui est qui ?
qui a le droit de dire je ?
personne et personne d’autre.
la machine fonctionne en surrégime
dans les portraits de paris-match.
qui est quoi ? les clochettes tintent
les fusibles fusent : On change
d’équipementier. voici :
un changement de voie – et de voix –
des voies de garages : extra.

pâques à vitry noël en asie.

rien de glacé tout fond : un dégel
prématuré annonce des noyades.
l’oiseau à bec chantant
élastifie les branches.
glisser est le contraire de fuir :
On glisse pour tomber.
arpenter les patinoires : c-a-d
agripper la rampe : illusion
— encore. les champions
en jeux de massacre
n’attendent
pas le printemps.

On casse la glace au marteau
ou On dégèle l’atmosphère.
tremper sa main dans le vitriol
c’est en serrer plusieurs.
à la fraîcheur des tonics
répond la blancheur de l’argent.
dans la glace des aveugles
On pommadifie l’ethos.
les rieurs sont du bon côté
desserrent leur cravate
et poursuivent le rythme
en se musclant le front
d’indigènes en campagne.

le rideau tombe vite sans nécessité.

 

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NOTEN VOOR DE VERTALER

mou-régime: neologism. opposite: at top speed (engine), or at full capacity (factory)

la guérilla urbaine
vise à détruire
par des actions
isolées les rouages
du pouvoir de l’État
et à détruire le mythe
de l’omniprésence
de l’invulnérabilité
du système.

Free translation from a German text; extract of a text written by the Rote Armee Fraktion in the 1970’s.

ciré: the item of clothing — an oilskin in English

qui a le monopole du cœur ? reference to a well-known TV debate between Mitterrand and Giscard d’Estaing in 1981. Giscard said to Mitterrand: “You have not the monopoly of the heart”.

placard: to push somebody or something (here, the questions) to one side. Figurative: not the cupboard!

mettre un tigre dans son moteur: literal translation (Esso’s ad from the 1970’s). To increase the possibilities of a car (mainly concerning speed)

le talon de fer: novel by Jack London

la souris: computer

arras: French city in the North of France (Pas-de-Calais)

mirlitonnade: neologism — from a reed pipe or mirliton (musical instrument).

On pensait boucler la boucle
On ne la boucle pas.
ou On la boucle (encore)
et définitivement.

boucler la boucle: to loop the loop.
but: On la boucle: to shut one’s trap (I don’t know if something like this exists in Dutch).

extra: something special, not something terrific

pâques à vitry, noël en asie: parody of the French proverb: Noël aux tisons, Pâques au balcon. Also a reference to a trip in Asia of the French poet Bernard Noël, who at the beginning of the 1990’s ruled the literary pages of the Lettres françaises (at that time, I was head of the Art pages). The editorial offices of the review were located in Vitry, a city in the suburbs of Paris. The game of words was by a friend.

dégèle: to thaw (ice or meeting)

 

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Van Christophe Marchand-Kiss verschenen onder meer de dichtbundels Normal. (Marie Delarbre éditions, 2011), Situation sans évolution semblable (publie.net, 2009), aléas (Le bleu du ciel, 2007) en Alter ego suivi de biography (les éditions Textuel, 2005).
Hij vertaalde de volgende auteurs vanuit het Engels of Duits: John Cage, Herman Melville, Edgar Allan Poe, Gertrude Stein, Laurence Sterne, Yoko Ono, Bertolt Brecht, Ernst Jandl en Paul Scheerbart.
Daarnaast was hij hoofdredacteur van L’œil du poète (les éditions Textuel, 1997-2006) en mede-redacteur van het befaamde literaire tijdschrift Action poétique tot haar verscheiden in 2012.

Over de auteur

- Rozalie Hirs is redacteur van de LL-serie (Lage Landen-serie) en Vertaallab op Ooteoote. Daarnaast is zij dichter van boeken en digitale media. Zie ook www.rozaliehirs.nl.

Displaying 1 Comments
Have Your Say
  1. jan pollet zegt:

    Over het laatste nummer van ‘Action poétique’: zie dit bericht
    http://ooteoote.nl/2012/05/rip-action-poetique-en-meer-in-lindners-column/